La semaine dernière, je réécoutais The Social Network. Toujours aussi bon (à mon avis). Ensuite, j'ai changé de DVD afin de jeter un coup d'oeil au making-of qui s'est avéré être un véritable documentaire de 1h30. Complet, hallucinant, et aussi troublant que le film d'une certaine façon...
The Social Network est inspiré de faits vécus, mais il y beaucoup d'éléments de fiction dans le film. À la base, le livre duquel il a été adapté (The Accidental Billionnaires) était une collaboration entre son auteur et Eduardo Saverin (co-fondateur de Facebook, au coeur du film) jusqu'à ce que Saverin en vienne à une entente confidentielle avec Zuckerberg. Il s'est alors retiré du projet littéraire.
Ce qu'il y a de troublant dans le making-of, c'est l'aspect "fiction" qui prend toute son ampleur. On réalise à quel point ce film n'est en rien différent de n'importe quel autre film. Les artisans y remettent en question des éléments de la structure narrative, des répliques, des intentions, etc. Tout ça dans le but de faire "un meilleur film", mais jamais dans le but de "représenter la réalité". De ce côté, on ne peut rien reprocher aux cinéastes. Le film ne s'est jamais publicisé autour d'une prétention d'authenticité. Les principaux collaborateurs ont toujours défendu leur film en précisant que certains éléments ou personnages avaient été ajoutés à des fins dramatiques.
Et la mémoire collective dans tout ça ?
Aujourd'hui, le film ne pose pas de problème. On est en plein dans le phénomène Facebook et la majorité des gens peuvent faire la part des choses en ce qui concerne la réalité et la fiction. Mais dans 50, 100, 150 ans, quand Zuckerberg et tous les autres seront morts et qu'on voudra revenir dans le passé pour essayer de comprendre Facebook, le film sera une pièce à conviction majeure. Et là, sans doute, on aura plus de difficulté à faire la part des choses.
The Social Network n'est qu'un exemple parmi tant d'autres. Il est toujours difficile pour quiconque devient connu de se battre pour ce en quoi il croit, car au final, la mémoire collective aura toujours raison de la perception que l'on gardera. Et cette mémoire, elle n'est pas toujours le reflet de la réalité.
Les exemples sont nombreux : l'héritage musical de Zappa a été complètement vidé d'opinions, réflexions et philosophies derrière sa démarche. Au final, la mémoire collective ne retient qu'une partie de sa musique, sa moustache, et on oublie tranquillement le reste. On ne retient que les bons ou mouvais coups des politiciens, mais rarement qui ils étaient vraiment comme personnes. On ne retient de James Dean ou Marilyn que l'image qu'ils dégagent sur des posters dans une résidence d'étudiants... Etc.
Au final, on se demande pourquoi tant de gens accordent autant d'importance à l'image qu'ils dégagent, mais l'histoire nous montre que c'est à peu près tout ce que l'on retiendra d'eux de toute façon. Ceux qui parviennent à entrer dans la mémoire collective pour leurs convictions réussissent sans doute un véritable exploit ! En fin de compte, que Zuckerberg soit un troul-de-cul ou non, cela n'aura plus vraiment d'importance. Dans tous les cas, on retiendra qu'il a créé le plus gros des réseaux sociaux alors qu'il dégageait l'image d'un être asocial et solitaire...
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