7.2.11

Au-delà de la mémoire...

Quand j'ai écrit sur la mémoire collective il y a quelques jours, j'ai effleuré plus ou moins accidentellement un sujet sans entrer dans les détails, celui du drame biographique au cinéma. Avec du recul, quelques précisions s'imposent. Mon intention n'était pas de remettre en cause le soucis éthique de l'authenticité derrière un drame biographique. D'abord, je vous invite à lire mon premier texte si ce n'est déjà fait.


Les drames biographiques ne sont pas tous faits avec le même soucis d'authenticité. Ils offrent une "reconstitution de la réalité", mais on ne s'entend pratiquement jamais sur la portion de vrai et de faux. Je lisais sur The King's Speech récemment. Les proches de la famille royale ont déclaré que certains personnages (le frère de George VI et sa nouvelle épouse) avaient été antagonisés à des fins dramatiques. Dans un autre ordre d'idée, il semblerait que le réalisateur Tom Hooper ait insisté sur l'importance de l'authenticité derrière le film. À cet égard, la découverte du journal du thérapeute de George VI, cinq semaines avant le début du tournage, aurait amené les auteurs à retravailler le scénario de manière à ce que le film s'appuie sur le contenu du journal.

La différence entre des films comme The King's Speech et The Social Network réside en partie dans le recul que l'on a par rapport aux événements et aux personnages, mais surtout dans les appuis. Zuckerberg n'a jamais été directement impliqué dans le projet cinématographique qui le concernait. Or, dans le cas de The King's Speech, les cinéastes avaient des outils, des appuis et des archives qui permettaient le développement d'une certaine authenticité.

Quand on compare les résultats de ces deux films, une tendance contradictoire ressort. Malgré les 80 ans d'écarts entre la création du film et les premiers faits sur lesquels il se base, The King's Speech est probablement plus authentique que The Social Network, alors que ce dernier s'appuie sur des événements de la dernière décennie. Bref, le temps ne semble pas être un facteur d'authenticité. Tout dépend des moyens et des appuis que l'on a.

Pourquoi crée-t-on ce genre de reconstitution ? Pour comprendre, pour rendre hommage, pour raconter une histoire méconnue, pour renforcer la mémoire collective... Puis, à l'inverse, vous avez des films comme Boogie Nights et Citizen Kane, de faux drames biographiques, qui dressent des portraits d'un univers en s'appuyant sur un personnage fictif. Chaque drame biographique pourrait donc être résumé en une phrase parmi les suivantes :


  • Voici ce qui s'est passé (Documentaire).
  • Voici une interprétation de ce qui s'est passé (The Social Network, The King's Speech).
  • Voici comment ça aurait pu se passer (Boogie Nights).
  • Voici quelqu'un qui a vraiment existé, mais dans un contexte différent (Citizen Kane).


Évidemment, un film peut être associé à plus d'une idée parmi celles proposées ci-dessus. Sauf qu'il y en aura toujours une qui prendra plus d'importance que les autres. L'erreur à ne pas faire, c'est d'aller au cinéma en aillant déjà en tête: "Voici ce qui s'est passé". C'est rarement ce à quoi on va assister dans les heures qui vont suivre...

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